mercredi 12 octobre 2016

PAUL : Fort Dauphin / Richard's Bay jour 3, 4, 5 et 6



J'ai oublié un petit détail réjouissant dans le journal en photos de Paul à Madagascar.
Ils ont pris un taxi à Madagascar qui a une particularité... que je vous laisse apprécier :



Vous savez que "les filles" ne connaissent rien aux voitures, 
alors si "les garçons" veulent me dire quelle est cette marque d'auto, j'en serai ravie.


Et ils ont croisé un drôle de camion-train transportant des minerais vers le port :




Après ces curiosités, poursuivons le du journal de bord de PAUL :


PAUL : Fort Dauphin / Richard's Bay jour 3

" Samedi 8 octobre

Le vent est rentré progressivement depuis le lever du jour, nous avons donc remplacé le foc par le Gennaker, mais nous conservons le moteur pour garder une bonne vitesse et tenir le timing prévu vers l'arrivée.

En fin de quart vers 6h00 quelques oiseaux se sont approchés de Bluenote intrigués par ce drôle de volatile puis ont repris leur chasse au loin en quête de poissons.
Un peu plus tard ce sont deux poissons volants qui ont brièvement égayé la surface des vagues.

Toute la journée a été belle et le bateau file à 10 nœuds sous voiles et appuyé au moteur sur une mer peu agitée et un ciel dégagé.

En fin de journée, le vent se renforçant nous pouvons arrêter le moteur tout en conservant une bonne vitesse sous voile.

Dans la nuit le vent adonne et nous devons incurver le cap vers le Sud ce qui ne fait pas notre affaire. Du coup nous sommes "plein cul" et le Gennaker a tendance à battre ce qui nous oblige à lofer de quelques degrés à chaque fois vers le Sud. Nous envisageons donc d'empanner au lever du jour. En attendant je corrige le cap à chaque fois en fonction des variations du vent.

La mer est noire.
Toujours aucun bateau en vue.
Le jour va bientôt se lever.
À demain

Fort Dauphin / Richard's Bay jour 4

Dimanche 9 octobre

Au petit matin nous empannons comme prévu. Il était temps car nous faisions route trop Sud plutôt que ouest.

Nous nous y mettons à 3 pour empanner le Gennaker puis la GV et remettre les contre-écoutes sur le nouveau bord. Après avoir calé le bateau sur sa nouvelle route, Georges peaufine ses réglages de voiles.

A présent le bateau file presque plein ouest à 10 nœuds avec des surfs à 14 nœuds dans un vent de presque 20 nœuds réels.
La mer a forci avec le vent et Bluenote profite des plus belles vagues pour partir dans des surfs interminables qui affolent le speedomètre ...

Au petit déjeuner nous goûtons le pain fait par le boulanger du bord qui n'est autre que notre skipper qui décidément sait tout faire !

Ce matin avec François nous avons pu observer un grand essaim d'oiseaux en pleine chasse. Cette nuée virevoltait au dessus d'un probable banc de poissons avant de plonger pour fondre sur leurs proies sous-marines. Nous avons pu observer leur manège pendant une dizaine de minutes car Bluenote faisait route très près de leur terrain de jeu.

Le temps couvert le matin s'est éclairci vers midi tandis que le vent refusant nous incitait à remplacer le Gennaker par le génois, la vitesse restant supérieure à 8 nœuds.

Vers 15h00 le vent faiblissant plus tôt que prévu nous incitait à remettre le Gennaker, malheureusement pendant la manœuvre le vent tombait complètement nous obligeant à remettre le moteur et le Génois. Donc une manœuvre pour rien. !

Lot de consolation : notre capitaine nous a félicités pour la manœuvre.
La fin de la journée s'est donc terminée au moteur à 6 nœuds. Pas terrible...

3h00 du mat, je prends mon quart, le vent vient de rentrer et Georges a coupé un des 2 moteurs, nous marchons au près bon plein appuyés par un moteur à 7/8 nœuds.

Il y a 2 navires sur l'AIS preuve que nous nous rapprochons de la côte africaine.

4h10 le vent monte, j'abats pour rester à 40 degrés, choque un peu de foc, borde un peu La GV, remonte le chariot de GV de 10cms et coupe le moteur bâbord. 10 nœuds sous voiles ! Yes !

À demain 
Paul


Fort Dauphin / Richards bay jour 5

Lundi 10 octobre

4h30 le vent est monté brutalement à plus de 30 nœuds voir 40 dans les rafales, je réveille Georges pour réduire la toile.

Pendant la manœuvre le mousqueton de l'écoute de foc s'ouvre malencontreusement nous obligeant à rouler et attacher la voile.
Nous attendons le lever du jour pour hisser Georges à l'aide de la chaise et d'une drisse pour pouvoir raccrocher l'écoute.

Nous reprenons la route à 10 nœuds dans une mer de plus en plus creuse couleur gris argent sous un ciel nuageux.

Toute la matinée le vent reste fort et la mer agitée.
Dans l'après-midi le vent tombe et nous nous appuyons au moteur pour conserver notre timing.
À demain


Fort Dauphin / Richards bay jour 6 : Arrivée 

Mardi 11 octobre

3h00 - A la prise de mon quart le vent est rentré dans la nuit et Georges a coupé les moteurs et pris un ris dans la GV.

Le vent et la mer montent en puissance et les vagues sont de plus en plus brutales.
Georges préfère rester dormir dans le carré au cas où...

25, 30, 35, 38 nœuds ! Nous prenons le second ris, enroulant du foc et abattons pour diminuer le vent apparent.

Nous incurvons notre route vers le Sud et Richards bay pour recevoir le vent et la mer de l'arrière.
Chaque sortie dans le cockpit équivaut à une douche froide et salée.
Les mouvements du bateau sont violents et brutaux.
François n'arrive pas à dormir et nous rejoint dans le carré.

Au lever du jour le spectacle de la mer et du ciel est dantesque. Le bateau file sous un ciel gris et une mer d'encre à 12 nœuds. De temps en temps une vague plus forte soulève l'arrière de Bluenote qui part en glissade et en surf à 16 nœuds pendants de longues minutes.

Avec le lever du soleil, miracle ! Les côtes de l'Afrique du Sud se dévoilent, hautes dunes de sable végétalisées à leurs sommets, tandis que le vent tombe et la mer se calme. Le bleu outremer des vagues et le bleu ciel remplacent les couleurs noires et grises de la nuit.
La navigation devient plus confortable et les appareils photos sont de retour.

A 11h30 le vent mollit franchement et nous remettons le moteur car nous tenons absolument à entrer dans le port de jour et surtout avant l'arrivée du front qui s'annonce par le Sud avec des vents violents.

A 13h00 nous nous amarrons à la marina de Richards Bay. Mission accomplie.


A bientôt "
Paul



Pot pour fêter leur arrivée, organisé par le Zululand Yatch Club de Richards bay  !



 

PAUL : Fort Dauphin / Richards bay jour 1 et 2



They did it !!
Avec 1 ou 2 équipiers à bord selon les étapes, Georges et Bluenote viennent de boucler la 1ère partie du voyage vers Sète.
Parti de Sète le 3 avril pour retrouver Bluenote en Australie, j'attends le retour de mon homme à Sète pour un repos bien mérité de 3 ou 4 semaines, la semaine prochaine, pendant que Bluenote l'attendra en Afrique du Sud pour la suite de leurs aventures.

Mais reprenons là où nous avions laissé Georges, Paul et François : à Fort Dauphin, Madagascar.

D'abord le journal de bord de Paul, mon cousin, qui avait embarqué à La Réunion où il vit.

PAUL : Fort Dauphin / Richards bay - jour 1 et 2

" Jeudi et Vendredi 6 et 7 octobre

Comme nous le craignions les formalités ont été longues pour quitter Fort Dauphin.

Un dernier coup d'œil sur Fort Dauphin :


Passons sur les tarifs prohibitifs imposés par le port, mais ensuite il a fallu retourner en ville pour retirer du cash puis faire un dépôt sur le compte de la société qui gère le port depuis Londres.

1 785 000 Ariary en espèces (cf photo dans article précédent) ce qui fait environ 595€ pour 3 jours soit 198€ par jour dans un port industriel avec en prime le bip bip permanent des engins de manutention portuaire (parfois même la nuit) et dans la journée, le ronronnement des karchers et des sableuses du chantier de restauration des structures métalliques des installations dont les résidus oxydés se déposent en fine poussière noire sur le pont...
Par comparaison c'était 30€/jour à La Réunion.

Bref, entre les distributeurs qui ne fonctionnaient pas et les temps d'attente, il nous a fallu un taxi, deux banques et trois heures rien que pour payer.
Nous n'étions de retour au bateau qu'à midi et le départ prévu le matin s'est transformé en début d'après-midi.


Cette fois ci à 14h00 l'administration portuaire était pile à l'heure et nous avons pu larguer les amarres et prendre le large aussitôt.
D'autant plus que contrairement à l'arrivée où ils nous avaient envoyé une pilotine et un pilote à bord, cette fois-ci nous avons pu faire le départ depuis le quai.

Dès la sortie du chenal matérialisé par des bouées, nous avons mis le bateau face au vent pour envoyer La GV (Grand Voile) et dérouler le Foc avant de piquer au 180 vers la pointe sud de Madagascar.

Derniers aperçus de Madagascar :



Malheureusement les conditions de vent et de mer étaient défavorables avec un vent pile dans le nez et une houle bâbord résiduelle du coup de vent qui nous avait obligés à prévoir l'escale de Mada.
Nous avons donc dû commencer par tirer des bords en nous appuyant au moteur tout l'après midi et presque toute la nuit.

En prenant mon quart à 3h00 nous faisions route péniblement au Sud puis à l'ouest mais avec un vent de sud-ouest refusant qui m'obligeait à corriger en permanence le cap de quelques degrés vers le nord.
Au bout d'une heure bien avant d'avoir atteint le waypoint fixé par Georges pour virer au Sud, le vent et la vitesse étaient tombés trop bas pour que nous puissions faire route correcte sans parler du cap qui devenait plus que décevant.

Je décidais donc de réveiller Georges pour faire le virement de bord plus tôt que prévu mais comme il dormait profondément j'ai finalement envoyé le virement seul.
Sur ce nouveau bord la situation était nettement plus satisfaisante avec enfin une route sud/sud ouest à 5 nœuds toujours avec l'appui du moteur mais cette fois ci dans la bonne direction.
Plusieurs cargos dans la nuit nous ont croisés ou dépassés car cette pointe Sud de Madagascar est un point de contournement obligé pour les bateaux en route depuis l'Afrique du Sud vers l'Asie et retour.

Au matin le vent était rentré et nous avons pu couper le moteur et mettre plus d'ouest dans notre route tandis que la houle résiduelle avait presque disparu et que le soleil se levait dans un magnifique ciel bleu.

Avec en prime le retour des baleines et donc de François accompagné de son appareil photo !
Bref des conditions bien plus réjouissantes.

Ces bonnes conditions ont perduré toute la journée de vendredi nous permettant de combler une partie du retard pris dans la nuit précédente avec des conditions de navigation idylliques où le bateau glisse sans forcer sur une mer belle et sous un beau ciel bleu qui nous a accompagné jusqu'au magnifique soleil couchant pile dans l'axe du bateau, preuve étant s'il en était besoin que nous allons bien vers l'ouest !



C'était donc l'heure du coucher, à commencer par les baleines en fin d'après-midi puis le soleil qui emmena le jour avec lui ainsi que les derniers reliefs lointains de la côte Sud de Madagascar et enfin moi vers 21h00 en prévision de mon quart de 3h00 du mat. Malheureusement ce fut aussi celui du vent qui sans aucune autorisation ni consultation de l'équipage décida d'aller ce coucher également ! Cela ne fit pas l'affaire du moteur que Georges du réveiller sans lui demander son avis non plus, mais il est vrai qu'il avait dormi toute la journée...

Lors de ma prise de quart à 3h00 c'était toujours le cas : le bateau avançait tranquillement à 5 nœuds sur une mère calme et sous un ciel magnifiquement étoilé.
(NDT. Voilà un joli lapsus de Paul : la "mère" calme, lapsus que je fais sans cesse moi-même)

Plus aucun navire ni en vue ni sur l'AIS car depuis que nous avons dégagé la pointe Sud de Mada vers l'ouest, nous ne semblons plus sur un axe de passage principal.

Tout le monde dort, seul le ronronnement du moteur trouble la nuit." 
Paul



jeudi 6 octobre 2016

Traversée Madagascar-Afrique du Sud



Tard, hier soir, mercredi 5 octobre, mon cousin Paul m'annonçait :
" La décision est prise nous partons demain le plus tôt possible.
Les derniers modèles météos chargés ce soir confirment que nous aurons une météo instable mais correcte en force et en puissance jusqu'à l'approche de Richard's Bay où nous trouverons du vent fort si nous arrivons trop tard.

Il faut donc partir le plus tôt possible en espérant que les autorités que nous avons prévenues cet après midi ne nous feront pas perdre trop de temps demain matin pour les formalités de départ.

L'idée est d'avancer le plus vite possible jusqu'à lundi pour passer avant le front si possible sinon nous devrons faire le dos rond pendant le passage du front puis passer avant l'arrivée du second front.

Nous rechargerons des modèles météos plus frais à mi-route pour affiner cette stratégie.

Donc les prochains messages vous seront envoyés depuis l'Afrique du Sud.

Pour l'instant le bateau est prêt, nous avons fait les pleins d'eau et de gazole, nous sommes en attente sur la rampe de lancement....
A bientôt "
Paul


Tout-à-l'heure, j'ai reçu un mail de Roselyne, la femme de Paul :
"Juste pour t’informer que nos hommes partiront de Madagascar à 14 heures locales.
Arrivée prévue à Richard’s Bay entre mardi 11 et jeudi 13 Octobre  en fonction de la météo."
Roselyne


Moi j'dis ça j'dis rien mais je suis contente qu'ils aient quitté Fort Dauphin car 
pour 3 x 24 h, les autorités portuaires leur ont demandé :
1 785 000 Ariary pour sortir du port ! ce qui fait quand même 539,28 €.
En forme de clin d'œil, Paul m'a envoyé la photo de la liasse : oui ça fait beaucoup !!!



si vous cliquez sur la photo, elle s'agrandit, la liasse sera encore plus impressionnante !



Mais, à leur arrivée, Georges m'avait dit qu'on leur avait annoncé que la place au port était de 1 000 € par jour et qu'il comptait bien négocier.
Je rappelle que Bluenote ne fait que 15 m : nous pouvons donc nous inscrire au Guinness des records pour la place de port la plus chère du monde… j'espère qu'on reçoit un prix !!

Je savais qu'il valait mieux pour nos finances conjugales que Georges ait une danseuse, voire 2, soyons large, plutôt qu'acheter un bateau, ça nous aurait coûté moins cher !!

Pour ne pas rester sur cette note humoristique ou sarcastique, selon mon humeur, voici des photos de Madagascar faites par François qui n'a pu publier son récit, faute d'internet, leur forfait étant épuisé.

Alexandra, Sète




















Traversée La Réunion-Fort Dauphin, Madagascar - François - 2



" Première journée bien tranquille

Samedi 1er Octobre
Un second quart à l'image de cette journée du samedi 1er octobre : tranquille. Pas trop de mer, vent modéré, allure modérée du bateau, souvent entre 7 et 9 nœuds. Le vent et notre allure ont faibli en fin de journée, ce qui nous a fait passer à environ 6 nœuds pour quelques heures, avant que ça ne reparte un peu pour mon quart. Côté trajectoire, nous avons suivi notre route vers le sud-ouest, à peu près en direct vers Fort Dauphin, dont nous nous rapprochons à l'allure attendue.


Route suivie un peu bizarre pour quitter la Réunion, mais pour optimiser 
les vents disponibles

Dans l'après-midi, alerte sur une des lignes de pêche, on se précipite à l'arrière mais à peine le temps d'essayer de freiner que la ligne casse net… Dans les 10 secondes suivantes, alerte sur l'autre ligne ! On se précipite à nouveau, on la remonte doucement, mais au bout de quelques instants, elle casse également ! Bilan : en moins d'une minute, on a perdu nos deux lignes de pêche ! Terminé pour la journée, de toutes façons déjà largement entamée…
Radar qui nous montre le trafic de bateau autour de nous, assez chargé 
à ce moment-là !

Côté trafic maritime, pas mal de cargos, tankers suivant à peu près la même route que nous, toujours bien signalés sur le radar, pas d'alerte à signaler même s'il faut rester vigilant. Il y en avait un qui avait quasiment le même cap que nous qui est apparu dans l'après-midi derrière nous, mais plus rapide (13 nœuds contre 10) il nous a lentement mais sûrement rattrapés, pour nous dépasser au début de la nuit, il a donc longtemps constitué un repère visuel dans l'immensité, jusqu'au début de mon quart.
Le soir, comme pour le déjeuner, nous nous sommes installés dehors, preuve supplémentaire des conditions calmes de cette journée de mer. J'ai à peu près conservé un appétit normal, preuve que tout se passe en douceur jusque là. Je trouve que le temps passe plutôt vite à bord entre discussions, manœuvres, préparation et nettoyage des repas, et des périodes de repos assez longues il est vrai. Le bruit de la mer, les claquements, jouent forcément sur la qualité du sommeil, j'ai l'impression qu'il faut donc se reposer davantage pour récupérer.
 
La période la plus longue, la seule jusque là, est celle du quart, où je me retrouve seul, pendant que Paul et Georges se reposent, dans l'obscurité. Il faut donc garder une vigilance suffisante, tout en s'occupant, ou en se reposant (mais pas trop !). J'écoute de la musique ou des podcasts que je me suis téléchargés à la Réunion. Durant ce second quart, j'ai plus longuement examiné le ciel sans Lune, parfaitement étoilé. J'ai reconnu vers l'horizon nord quelques constellations familières (le Cygne, la Lyre), mais pour le reste, bien aidé par une application iPhone (StarTracker) j'ai pu découvrir le Scorpion, la Couronne Australe, Pegase, le Triangle Austral, etc… sur une superbe voie lactée.

Sur la fin du quart, comme une nouvelle fois bien prévus par les modèles météo (l'américain GFS et l'européen CEP), le vent a commencé à se renforcer, le bateau filait régulièrement autour de 10 nœuds. J'ai juste eu à gérer le croisement d'un bateau dont la trajectoire est passée relativement proche de la nôtre (3 milles au plus près, je voyais nettement ses 2 feux), mais cela n'a pas nécessité d'ajustement de trajectoire. Avec tous les bateaux que nous avons croisés ou qui suivaient le même cap que nous sur la zone, il ne fait pas de doute que nous suivions une route maritime, probablement Singapour-Afrique du Sud. Pour l'anecdote, nous sommes sortis de la zone tropicale peu avant minuit, en croisant le Tropique du Capricorne, toujours cap à l'ouest/sud-ouest (250°).




Une journée bien agitée


Je me couche peu après minuit, fin de mon quart, et je me réveille parfois en cours de nuit, mais ce dimanche 2 octobre au matin, ce sont les premières lueurs du jour qui m'ont tiré de mon lit, ainsi que l'impression que le bateau surfait sur l'eau. Je suis sorti retrouver Paul, qui terminait son quart vers 6h15, j'ai assisté à un agréable lever de soleil océanique. 


Le bateau filait effectivement à une vitesse encore inconnue lors de cette traversée, souvent autour de 15 nœuds, pointes à 17-18 nœuds, avec de véritables surfs sur certaines vagues, très agréables comme sensation. En revanche, la mer claquait plus fort et cela m'a surpris au début, mais comme pour tout, on a fini par s'y habituer….
En regardant les cartes, j'ai eu confirmation que nous avions bien plus avancé que prévu hier pendant la nuit, on se trouvait à moins de 240 milles de Fort Dauphin, soit 24h de navigation en gros, ce qui nous permettrait une approche lundi matin ! Durant la matinée, Bluenote a continué à filer à un bon rythme, avec des pointes à 15 nœuds, nous avons pris un ris pour contrôler un peu l'allure alors que le vent, comme prévu, ainsi que la mer, se renforçaient sur notre route.

 

Ce renforcement s'est confirmé en fin de matinée avec une mer qui avait nettement grossi, les paquets de mer tapaient contre le plancher de Bluenote de façon toujours plus fréquente et forte. Le bateau gitait bien et il était difficile de faire autre chose que de rester allongé… à attendre que les conditions se calment, ce qui n'était pas prévu avant la nuit prochaine… Dès le repas de midi, un paquet de mer qui a particulièrement tapé sur le plancher a fait décoller mon verre ! Le point positif, c'était que je m'étais suffisamment amariné pour déjeuner à peu près normalement, je ne me sentais pas très bien, mais c'était supportable, malgré le vacarme et les coups de boutoir. 

Inutile de préciser que dans ces conditions, le repos est assez peu réparateur, on ne peut pas faire grand chose, et la fatigue s'accumule. C'est éprouvant, bien sûr, mais aussi fascinant d'être au cœur des forces de la Nature, qui nous entourent de toutes part. Du côté du vent, rien de vraiment exceptionnel avec du 30-35 nœuds, parfois quelques pointes à 40, mais ça bougeait beaucoup parce que nous avions la houle de nord/nord-est de travers, dans notre route obligatoire vers l'Ouest pour nous rapprocher de Madagascar. Il n'y avait donc rien d'autre à faire que le dos rond…
Notre position le dimanche après-midi, avec les vents sur la zone

J'ai essayé de rester allongé le maximum de temps possible dans l'après-midi pour arriver aussi en forme que possible pour mon quart de nuit après dîner. Le dîner lui-même a été encore très agité et mon verre s'est même à nouveau renversé suite à un gros coup de boutoir. Ce qui est "amusant", c'est qu'il n'y en a pas eu tant que cela, mais cela ne m'est arrivé qu'à moi, midi comme soir ! J'ai dîné léger et ai enchaîné sur mon quart, heureusement assez tranquille, pas de bateaux en vue car cette route qui bifurquait davantage vers l'Ouest nous avait manifestement bien écarté de la route des cargos, il fallait néanmoins rester vigilant à l'évolution du vent, qui pouvait encore légèrement se renforcer selon les modèles météo du départ, deux jours et demi plus tôt…

Heureusement, les modèles s'étaient quelque peu décalé de la réalité et l'accalmie prévue un peu plus tard s'est présentée dès mon quart : assez rapidement, vers 22h30, j'ai senti que Bluenote bougeait un peu moins, et surtout le bruit du vent avait faibli, et en quelques minutes, notre allure avait baissé de 9 à 4 nœuds à peine, on n'avançait plus ! Je suis allé prévenir Georges qui a fait quelques manœuvres de voile pour nous redonner un peu de vitesse et la fin de mon quart fut nettement plus calme.

Naturellement, ces longues périodes d'immobilité forcée sont propices à la réflexion. Dans des conditions désagréables, la fatigue aidant, c'est plutôt une perception un peu négative qui l'emporte, en considérant que le prix physique de ce type de voyage est un peu cher. Mais très vite, les considérations positives suivent : un mode rare de voyage, "comme nos anciens", un  peu comme les explorateurs qui ont découvert tant de terres alors inconnues, qui laisse le temps à une vraie coupure, comme on en a sans doute trop peu de nos jours. On sent le prix, la grandeur du déplacement, on mesure l'immensité de la Terre, et notre rassurante insignifiance, à côté. Le rapport au temps change, faire 10 km prend parfois une heure pendant laquelle rien ne change autour de nous. C'est une chance, vraiment, mais il faut passer par ces moments délicats… Tout l'art du navigateur de plaisance est de savoir les limiter en anticipant les meilleures routes, tenant compte de la météo…



Arrivée à fort Dauphin, Madagascar


Lundi 3 octobre : A la fin de mon quart, vers minuit, en regagnant ma couchette, je me suis rendu compte que le petit hublot bien fermé à côté de mon matelas n'était pas complètement étanche et que la mer bien agitée avait réussi à (légèrement) en humidifier une partie. Je me suis cependant endormi sur la majeure partie sèche, rassuré par l'amélioration des conditions, et cette petite incursion marine n'a pas progressé pendant la nuit ! Après une fin de nuit qui s'est donc avérée assez calme, qui m'a permis de reprendre quelques heures de sommeil, je me suis réveillé avec les premières lueurs du jour, peu après 6h, et j'ai rapidement émergé pour aller voir la côte malgache et le lever de soleil !


Petite déception en sortant et en retrouvant Paul qui terminait son quart, pas de côte malgache en vue, alors que nous n'étions qu'à une grosse vingtaine de milles au plus proche. Le lever de soleil fut assez sympathique, nous avons ensuite manœuvré pour remettre de la voilure et augmenter notre allure pour arriver en cours de matinée. La mer était devenue belle, les conditions de navigation étaient bonnes, manquant même un peu de vent, comme prévu cela dit… La grand voile et le foc ne nous auront servi que moins de deux heures. Pendant le petit déjeuner, les côtes malgaches sont enfin apparues, barrant comme attendu une bonne partie de l'horizon : Terre ! L'Afrique…
 
A partir de ce moment là, difficile de décrocher les yeux de cette côte sud-est de la grande île, dont les détails se précisaient minute après minute. Soudain, du mouvement dans l'eau, d'abord assez loin, je crois voir un poisson sauter, puis ça se précise : une baleine ! Une autre à côté ! 

Pendant une heure environ, plusieurs baleines ont joué autour de nous, émergeant plusieurs fois, faisant sauter leur queue de nombreuses fois, quel spectacle, avec la côte malgache au fond, en guise de bienvenue. Ce n'était pas Fort Dauphin, mais Fort Baleine que nous rejoignions ! 


Un peu plus loin, en passant un cap (la pointe Itaperina), on a aperçu des barques de pêcheurs près d'un haut fond qui soulevait de sacrées vagues, premiers contacts humains depuis 3 jours. Le petit cap (cap Antsirabe) où se situe Fort Dauphin se précisait alors devant nous, on commençait à deviner des bâtiments. A sa droite, une baie avec une immense plage de sable, apparemment déserte.


Notre destination était juste un peu au delà de Fort Dauphin, Tolanaro en malgache, dans une petite baie, appelée "Fausse baie des galions" (la véritable semble un peu plus loin d'après la carte) où un port a été récemment aménagé par une compagnie minière, où le consul de France de Fort Dauphin nous avait conseillé d'aller nous amarrer. 




En réalité, il n'y a pas de port de plaisance ici, notre présence est à elle seule un peu incongrue en ce lieu assez éloigné. Nous nous sommes approché de ce nouveau port, appelé Port Ehoala, en contactant à la radio les responsables du port. Nous avons du décliner notre identité, le but de notre demande d'arrêt (nous protéger quelques jours de la tempête qui s'annonce sur la zone), et attendre finalement qu'ils dépêchent au bout d'une petite heure deux personnes à bord pour nous guider dans le port. Nous n'étions pas certains à 100% qu'ils nous accepteraient, ce fut donc une bonne chose de faite.

Le port n'est pas du tout adapté aux petits bateaux comme Bluenote, et notre présence ici est assez insolite. Quelques heures après nous avoir aidés à nous amarrer, nous attendions encore l'agent qui est censé venir nous aider à accomplir les formalités pour finalement mettre pied à terre. Le port étant une zone commerciale et non publique, nous ne sommes pas habilités à y mettre pied à terre. Par conséquent, c'est une navette qui devrait venir nous chercher au bateau pour nous permettre d'en sortir, on verra comment tout cela va se mettre en place.

Niveau météo, le timing a vraiment été parfait : arrivée sur la zone lundi 3 au matin dans des conditions calmes, assez ensoleillées, le ciel ne s'est couvert qu'à notre entrée dans le port, et une petite demi heure après nous être bien installés, un bel orage est passé sur nous, ce fut la première pluie depuis mon arrivée dans l'Hémisphère Sud il y a 11 jours, qui a bien rincé le bateau complètement salé par les paquets de mer de la veille. En quelques heures à quai, plusieurs averses se sont succédées, le ciel est resté bien gris, avec un peu de vent.


Nous sommes restés lundi soir, à bord de Bluenote, où nous étions confinés, en attendant qu'un agent veuille bien se déplacer pour régulariser notre situation, ce qui ne pouvait donc se produire avant le lendemain matin. Ambiance étrange le long de ce quai de port de commerce privé, totalement désert après  17-18h, et dont nous ne pouvions pas bouger. Du côté du ciel, accalmie météo avec même quelques étoiles ce soir après le vent et les averses régulières de la journée. L'espoir était bien là de pouvoir bouger mardi ! "
François