Fin de la Traversée Cocos Keeling-Rodrigues : Arrivée…s !
Et voilà, un jour, un beau jour, ça
arrive, la Terre se découvre.
Après onze jours et huit heures de
traversée des îles Cocos Keeling à Rodrigues, d’un bout à l’autre de l’Indien, sans autres repères
physiques que quelques cargos croisés et la mer, infinie..
Une autre arrivée vient de se
produire : l’arrivée à Maurice !! Fin de cette grande traversée de l’Indien
dont grâce à Jean-Pierre nous avons pu profiter dans les moindres détails.
Bluenote est mouillé à Grand Baie,
île Maurice, l’ultime étape pour Jean-Pierre et Alain, désormais baptisés
« les équipiers de l’indien ».
Ci-dessous une carte du voyage de
Georges et Bluenote depuis leur départ d’Austalie jusqu’à l’île Maurice !
En attendant les derniers récits de
Jean-Pierre pour la partie Rodrigues-Maurice, voilà le dernier de leur traversée
de Cocos Keeling-Rodrigues.
Alexandra, à Sète.
" Terre !
Terre !
Vendredi 9 septembre – Mouillés face à Port Mathurin, île
de Rodrigues (Maurice). 19°40’ Sud, 63°25’ Est (latitude de Beira au
Mozambique, longitude de la frontière pakistano-iranienne) ; Vent, sud-est 25
noeuds ; pression atmosphérique, 1023 Hp ; hygrométrie : 80% ; température,
24,4°C.
« Terre, terre ! », ce cri, poussé par Captain Georgio
hier jeudi 8 septembre à 15h35 (heure de Maurice ; 13h35, heure de Paris), je
l’attendais tant, que je ne l’ai pas compris immédiatement.
Le bref instant de stupeur passé, je
me précipite du roof vers le pont et là, je la vois enfin, celle que nous
espérions tant et qui aura mis tant de temps à se livrer à nous.
La forme d’un cétacé allongé sur
l’horizon. Une masse violine sur fond terre de Sienne couronnée par d’obscures
nuées d’où s’échappent des rideaux de pluie.
Nous sommes dans le petit temps,
douchés par des averses et je ne cesse de la regarder, cette forme oblongue,
proéminente qui me fait vaguement penser au mont Saint-Clair vu du large. Comme
quoi, on ne peut s’empêcher de tout ramener à Sète, même un relief du bout du
monde, ethno centristes que nous sommes !
Je suis fasciné et pourtant, ce
n’est pas ainsi que j’imaginais l'arrivée en vue de cette île du tropique sud.
Sous ces cieux tourmentés, dans le crachin, engoncé dans mon coupe-vent, j’ai
plutôt l’impression de voir Sein, Noirmoutier ou Molène, pas Rodrigues.
Du coup, je propose que nous
trinquions avec un verre de rhum à notre traversée de l’Indien qui s’achève. Au
moins ça nous réchauffera !
Nous n’y sommes pas pourtant sur
cette île tant désirée. A la vitesse où nous allons (pas plus de cinq nœuds),
il nous faudra un peu plus de quatre heures avant d’atteindre le mouillage.
Le plus délicat des scénarios se
confirme donc : nous allons arriver à la nuit noire dans ce lagon truffé de «
patates » coralliennes, sous un ciel couvert et donc sans lune.
Car toute la nuit (voir mon précédent quart) et toute la journée de samedi, nous avons eu droit à du petit temps avec un vent arrière oscillant du secteur sud-est au secteur nord-est. Il y a une paire d’heures, il a bougé carrément de 150 degrés, passant quasiment plein ouest.
Car toute la nuit (voir mon précédent quart) et toute la journée de samedi, nous avons eu droit à du petit temps avec un vent arrière oscillant du secteur sud-est au secteur nord-est. Il y a une paire d’heures, il a bougé carrément de 150 degrés, passant quasiment plein ouest.
Nous avançons donc au près et nous
rongeons notre frein.
19h00. Nous avons
enfin du réseau téléphonique : premiers contacts avec nos proches depuis onze
jours, premières informations venant d’au-delà les mers. Les amarres avec nos
habitudes, nos quotidiens, nos environnements, commencent à être passées.
Face à nous, les lumières de
Port-Mathurin s’étagent sur cette côte orientale assez accidentée. Des
véhicules circulent sur le littoral. Nous apercevons le port avec un cargo à
quai. On commence à entendre les bruits, à sentir les odeurs. Nous respirons
l’air de la terre après avoir inhalé tant d’air du large.
Spectacle étonnant que celui de ce
retour à la civilisation après une aussi longue traversée. La vie bruisse,
palpite, scintille sur ce bout de rocher volcanique peuplé d’à peine 40 000
habitants, à près de 600 kilomètres de Maurice auquel il appartient.
Dans une nuit d’encre nous
finissons, grâce aux talents de navigateur de Captain Georgio, et aux cartes
connectées au GPS, par trouver notre chemin entre les hauts fonds coralliens et
à mouiller à proximité de la passe qui conduit aux quais de Port Mathurin.
L’ancre est à l’eau à 20h50 locales (18H50 en France) très exactement onze jours et huit heures après l’avoir remontée
du lagon des Cocos Keeling.
(...)
Après une nuit étrangement calme et
la visite, au matin, des gardes côte, puis le passage devant la police aux
frontières, nous voilà enfin sur la terre ferme, dans ce petit bourg aux
maisons tropicales nichées sous les banians, les flamboyants, les caoutchoucs,
les cocotiers, les bananiers, aux jardins débordants de fleurs, aux rues
débordantes de vie.
Port Mathurin vit au rythme d’une
foule colorée, mélangée. La culture créole est partout, synthèse d’Afrique et
de France, de gaité et d’exubérance, de gentillesse et de chaleur.
Les peaux sont noires, les maisons,
en bois, en tôle, avec des frises qui ourlent les toits, sont bleu, rouge,
jaune, les robes des femmes sont parme, rose, orange. Elles osent des
associations improbables avec l’explosion des couleurs pour seul critère
esthétique et se protègent du soleil sous des ombrelles assorties.
Les hommes jeunes cultivent la mode
rasta. Plus âgés, certains vont, couverts de panamas confectionnés avec du «
vacoas », une fibre naturelle dont le tissage est une spécialité de l’île.
Première surprise : on ne parle pas
l’anglais ou très peu alors que c’est la langue officielle. Quand ils ne
communiquent pas en créole les Rodriguais s’expriment dans un français délicat,
élaboré avec un accent qui chante.
La lumière est éclatante, diaphane,
le vent de l’océan berce les palmes et caresse les pentes de basalte où s’étage
une végétation luxuriante.
L’air est léger, presque frais.
C’est la fin de l’hiver, l’approche du printemps, le début du week-end.
A la gare routière, installée près
de la grève, des bus, hauts sur roues, enfournent des foules d’écoliers en
uniforme. Le marché déborde de légumes et de fruits tropicaux.
Des femmes viennent y vendre des
batteries de petits pots contenant des marmelades aux associations osées :
piment, ananas, citron et aubergines, par exemple.
On y trouve aussi des conserves de
pieuvre. Le céphalopode que l’on pêche en quantité sur les planiers du lagon à
marée basse, est, apparemment, à la base de la cuisine locale.
« Ici, tout le monde se connaît,
tout le monde parle à tout le monde », nous avait dit le douanier.
Tout le monde se salue en tout cas
et l’on salue même l’étranger qui passe. J’aime Rodrigues aux portes de
l’Afrique. "
Une île des romans d'aventures et de voyages, une île qui m'a toujours fait rêver. Comme Rimbaud à Zanzibar, un jour moi aussi j'irais à Rodrigues.
RépondreSupprimerUne île des romans d'aventures et de voyages, une île qui m'a toujours fait rêver. Comme Rimbaud à Zanzibar, un jour moi aussi j'irais à Rodrigues.
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